Le vin orange – Quand le boire ?

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Déguster, où, quand, comment et pourquoi ? Quand boire du vin orange ? Cette question n’est pas facile à répondre. Je me souviens avoir gouté une bouteille de Faugères Blanc (Languedoc) du célèbre vigneron Léon Barral dont la relève est aujourd’hui assurée par les fils, Didier et Jean-Luc.

Je qualifierai cette cuvée, dans la mi-quarantaine, comme une expérience entre intrigue et labeur. Au niveau mental, j’étais intrigué, mais sur le palet, c’était comme assister à une pièce de théâtre, dense, riche en symbolisme, mais virant sur l’excès, la masturbation intellectuelle… Je voulais aimer, apprécier et comprendre. Peut-être que c’était moi qui ne disposais pas des outils nécessaires pour apprécier ou qui ne savait pas avec quoi l’agencer.

En plus de tous ces jeux de têtes, il y avait aussi le facteur du prix. Devait-on payer ce prix pour un exercice de stimulation mentale et gustative ? Par contre un jour, le vigneron Xavier Lédogar, aussi de Faugères, m’a dit une chose intéressante par rapport à la cuvée en question :

« Prends-toi une bouteille pour un repas en entier, avec du gibier par exemple, tu verras l’accord potentiel, la grandeur de l’expérience. »

Ces mots, d’un homme qui ne les mâche pas et qui ne s’intéresse pas aux tendances, m’ont laissé pensif. J’ai d’ailleurs appris plus tard qu’il avait commandé des qveri de la Géorgie et attendait ses vaisseaux avec impatience…

Facteurs et nuances d’un orange à l’autre

Pas tous les vins « orange » ont vu l’intérieur d’une amphore et tous n’ont pas le même temps de macération. Commençons par les oranges du Frioul qui sont proches de la frontière slovène. Les cépages utilisés sont souvent, mais pas toujours, des assemblages de Malvasia, de Friulano (Tocai) et de Ribolla Gialla. Ces cépages ne donnent pas tous les mêmes types d’extraction phénolique, ni de mâche tannique. Pour vulgariser, il y a deux types de vins « orange ». Le Paraschos, avec leur cuvée Orange One, est un excellent exemple de vin orange axé sur le côté fraîcheur et digeste.

Nous laissant intrigué avec un nez de fleur d’oranger, d’anis étoilé, de beurre blanc. J’aime offrir ce type de produit au verre.

Il y a suffisamment de typicité orange sans déborder dans l’intellectualisme. L’autre type est le résultat de longues macérations en amphore qui donnent des vins du type à Barral. Ce sont des vins très structurés, parfois serrés en bouche. Ces vins bénéficient à être carafés et servi à une température plus élevée que les vins blancs. Selon moi, ce type de vin ne se déguste pas à l’apéro, pour rafraîchir. Il s’apprécie plutôt avec une assiette complexe composée d’amalgame d’épices (cardamone, étoile d’anis, épices berbères ou éthiopiennes, indiennes, etc.) À vous d’en faire l’expérience maintenant !

On pourrait donc conclure sur cette introduction du vin orange, en constatant le suivant : il ne faut pas avoir peur d’en arroser des plats de viandes. Lorsque ce vin retrouve une matière riche pour le contrer, il révèle davantage ses qualités internes et fait mieux passer son message. D’ailleurs, j’avoue attendre une bouteille de Josko Gravner (cuvée Ribolla Gialla 2007). C’est un vin qui coûte presque 100$… vieilli en amphore pendant des années et il est… orange. J’ai hâte d’en vivre l’expérience et je vous en reparlerai, c’est sûr !