La Sicile – Une introduction

Etna, Sicile | ©alsvets.lv

Certaines règles concernant les terroirs viticoles découlent d’une logique simpliste; au nord, les vins sont plus nerveux, acides, frais et, dans le sud, les vins sont plus de riches, de gras, ronds et une chaleur due au taux en alcool.

La Sicile – Une introduction

On cherche donc à pallier un manque de chaleur au nord en préconisant une fermentation malolactique et, au Sud, l’on cherche à transmettre au vin plus de fraîcheur et d’acidité pour compenser les niveaux d’alcool élevé. Dans les deux cas, on est à la recherche d’un équilibre. La dichotomie vin nordique et vin sudiste n’est pas sans fondement, mais plus on fait son chemin dans le monde du vin, moins ce simplisme s’applique. La Sicile illustre ce point.

Il n’y a rien qui suscite autant—pour ma part—d’intérêt lors d’une dégustation à l’aveugle que de se tromper royalement dans mon pronostique.

J’ose me prononcer sur un vin selon la couleur, le nez, la bouche et je finis par conclure que celui-ci provient logiquement d’un terroir spécifique. Avec la Sicile, que ce soit l’âge du vin (la couleur est souvent trompeuse!) ou la provenance (j’aurai pu penser être plus au nord…), je réapprends souvent la même leçon. La dégustation à l’aveugle, c’est procéder par déduction. Parfois, c’est un terroir distinct, mais portant une appellation qui nous fausse complètement, parfois encore c’est le vigneron qui, durant la vinification, nous fait mordre à l’hameçon. Avec un sujet aussi vaste, remplis de variables, se tromper nous force à retrouver une certaine modestie vis-à-vis l’état de nos connaissances. La Sicile, plus grand île de la Méditerranée, est une région viticole qui ne cesse de susciter mon intrigue et à me rappeler à l’ordre.

Bref historique

Les Grecs ont diffusé leur méthodologie par rapport à la culture de la vigne, alors que les Romains et les Phéniciens se sont assurés de sa mise en marché. L’île est composée d’une géographie très variée. À l’est, se trouve le plus grand volcan actif d’Europe, le Mont Etna. Au centre, la province de Caltanisetta est aride, alors que la province voisine, Enna, a des réserves d’oiseaux, le lac Pergusa et est la ville la plus haute de l’Italie. Au nord, la progression des Apennines se manifeste à travers les monts Peloritani et Nebrondi. Culturellement parlant, c’est une mosaïque de terroirs, de traditions et d’héritages divers.

À une certaine époque, comme le Languedoc en France, les vins siciliens étaient produit en masse et ceux qui avaient un certain renom, le Marsala par exemple, faisait partie d’une époque révolue : les rouges fortifiés du XIXe siècle. Par contre, les vingt dernières années ont montré une renaissance qualitative des vins.

Cette nouvelle infusion d’énergie relève de la mise en valeur des cépages indigènes, d’une jeunesse qui s’intéresse à nouveau à la viticulture, à l’expression du terroir et enfin à souligner la diversité des styles des différentes régions de l’île. Bref, à elle seule la Sicile pourrait être un pays viticole autant elle a des à bijoux à offrir.

L’esprit des vins, la mort de préjugés

La Sicile est importante pour moi en tant que sommelier pour démontrer comment la finesse, la fraîcheur et la minéralité qui peuvent caractériser les vins. C’est également une source pour nombreux excellents rapport-qualité-prix qui donne une alternative aux vins piémontais. Ces vins arrivent à démontrer profondeur, aspects terreux, épices et fruits qui ne virent pas sur le bonbon ou le cuit. Et les cépages blancs, comme le grillo et le catarratto, reviennent de loin, mais sont de grandes surprises.